Importance d’une politique territoriale impliquant le citoyen, en matière d’usages du numérique
Exemples d’usages web citoyens proposés par des municipalités
De nombreuses municipalités rendent compte de leur activité sur Internet. Il peut s’agir de mettre en ligne les compte-rendus des conseils municipaux comme c’est le cas à Villeparisis - certaines communes les proposent même sous forme audio comme à Fontenay sous Bois, qui offre la possibilité de s’y abonner par podcasts.
Parfois il s’agit de véritables espaces partagés avec le citoyen, qui peut réagir à des propositions ou participer sous des formes diverses : cf. le site Démocratie Participative de Grigny ou encore la carte interactive proposée par la municipalité de Chevilly-La-Rue, qui permet de signaler des souhaits d’améliorations ou des problèmes d’aménagements.
Peut-être des idées de choses à essayer du côté de chez nous ?
J’aimerais brièvement livrer ici mon point de vue, quant à l’importance d’une prise en compte sérieuse, publique et élargie de la problématique “numérique” par les élus.
Désenchantement
Les commentaires déposés ici sur le billet précédent au sujet des élections, sont pour la plupart amers.
Ce désenchantement accrédite à mon avis l’idée qu’il est nécessaire de permettre aux citoyens de prendre part aux dialogues et décisions qui les concernent, avant que n’émerge du ressentiment avec toutes les conséquences possibles.
Je pense bien entendu à l’utilisation d’Internet pour faciliter et élargir cette participation : tout le monde n’a pas le temps de se rendre à des réunions publiques. En revanche tout le monde est légitimement concerné ; et l’on dispose aujourd’hui de multiples outils à coûts très réduits sur Internet.
Par une prise de participation élargie j’entends également qu’on n’ait pas à répondre à des logiques partisanes - pour le moins à des contraintes d’appareils. Là encore ces outils permettent de débattre, réfléchir et apporter sa contribution à un certain nombre de sujets en s’affranchissant nettement plus, de telles contraintes.
Autrement dit l’intérêt consisterait dans un premier temps, à défaut de saisir le sens profond du concept de “démocratie participative”, à simplement essayer d’élargir les possibilités de participation des citoyens au débat.
Le numérique partout
L’enjeu dépasse le cadre strictement électoral - politique en ce sens là. Les technologies numériques, c’est-à-dire celles sur lesquelles reposent Internet, ses usages et pratiques, s’imposent en effet dans tous les domaines : social, politique, économique ; qu’on le veuille ou non.
Il est beaucoup plus simple de nos jours de chercher du travail, choisir un lieu de vacances adapté à son budget, faire ses devoirs - préparer ses cours quand on est professeur, savoir quel film on peut aller voir près de chez soi, gérer certaines contraintes administratives, passer une petite annonce… quand on utilise Internet de façon confortable - c’est même indispensable pour économiser vingts euros sur ses impôts et bénéficier du délai de paiement, ou pour payer ses billets (de train, d’avion ou de spectacle) moins cher.
D’un point de vue politique, voir comment l’UMP a préempté certains mots-clés chez Google à la suite des émeutes de Clichy-sous-Bois, ainsi que sa politique de marketing Internet très affutée lors de la dernière élection présidentielle, ou encore les “Désirs d’avenir” de la candidate PS, ainsi que les multiples vidéos qui circulent sur le net et mettent en scène les acteurs de la vie politique, pour saisir à quel point ce nouvel espace de communication et les pratiques liées qui lui sont propres, sont devenus incontournables en matière de communication politique.
Sur le plan économique personne ne peut plus nier le fait que dans nos pays les métiers vont évoluer, et que de nouvelles activités vont se créer dans un futur proche - grande redistribution oblige.
Cause et effet
Bien entendu des évolutions de ce type, le monde en a déjà connu pour les même motifs : à savoir un saut d’innovation (technologique, politique et social).
Ainsi de la réduction du nombre de paysans pour assurer la production agricole ; la reconversion et l’exode des autres vers le monde ouvrier ; puis moins d’ouvriers nécessaires pour assurer le rendement industriel (chez nous) ; reconversion quand elle fut possible vers le tertiaire ; puis moins de salariés (notamment les “moins qualifiés”) pour assurer les prestations de services, et reconversion vers… vers quoi ? Qui sait ?
Seule certitude : cette évolution-ci ira plus vite que les précédentes.
La problématique d’appropriation des technologies Internet et des usages correspondant se pose donc dès à présent, parce que l’avenir proche des méthodes de travail en entreprise inclura -quand ce n’est pas déjà le cas, des logiques d’usages que l’on rencontre dors et déjà sur le web (communication et partage d’informations, capacité à traiter plusieurs tâches de front, aptitudes à la recherche d’informations, signalisation de son activité, etc.).
Posséder un bagage de pratiques et culturel en ce domaine, permettra donc de mieux s’adapter demain (pratiques : au-delà de “l’écrit SMS” ou du phénomène Skyblogs qui enchantent les sociologues, politiques et industriels qui préfèrent noyer le poisson et empocher des dividendes au passage…).
Je ne porte là aucun jugement sur la “culture de banlieue” qui est riche de désir - mais l’enjeu est ailleurs si l’on veut échapper aux logiques marketing et de consommation pure - et dure…
Valoriser le territoire
Depuis six ans que j’habite à Villeparisis je me suis souvent demandé dans quelle mesure la notion de “territoire numérique” pouvait ici prendre du sens - “territoire” impliquant aménagement, donc intervention publique.
Au fil du temps j’ai acquis la conviction que cette ville dispose d’atouts certains : situation géographique à la croisée des A104/N3 et à deux pas des A4/A1 - grande proximité de Marne-la-Vallée et de l’aéroport CDG, et Paris très proche ; quartiers rénovés - Vieux Pays, place du Marché ; présence de commerces de taille assez conséquente - Alinéa, Truffaut, agrandissement du Leclerc bientôt ; cadres naturels à deux pas - Canal de l’Ourcq, parc de la Poudrerie à Sevran ; vie associative plutôt riche.
Une ville calme et un peu trop parfois… mais avec un horizon bâti qui laisse respirer. Bref une ville où il peut faire bon vivre… à condition de gagner sa vie bien entendu.
Les élus silencieux sur le sujet du numérique
J’ai été frappé par le manque d’investissement de nos élus - ceux fraîchement réélus- pendant la campagne électorale, en matière de communication sur Internet. Je pense qu’ils prennent un risque important en terme d’image, à ne pas rejoindre là leur électorat.
Ensuite je trouve irresponsable aujourd’hui de ne pas envisager la question du “territoire numérique” au-delà des problématiques de bande passante - se joue là aussi une question d’attractivité territoriale qui ne dépend pas que des “tuyaux”.
Un territoire sera attractif demain, à partir du moment où il démontrera qu’il est en phase avec ce qu’on appelle la “société de l’information” ; désignons la ainsi et peu importe le nom qu’on lui donne, si on admet qu’il s’agit d’une réalité technico-économique, sociale et politique.
Il est de la compétence et du devoir des collectivités locales et donc des élus, de se positionner clairement là dessus.
C’est également de responsabilité publique que de favoriser la diffusion d’usages innovants au sein de ce que l’on peut considérer désormais comme des “écosystèmes”, dans une société où tout le monde est connecté en réseau (numérique) : permettre que s’enrichissent les liens entre entreprises et citoyens, collectivités et citoyens, collectivités et entreprises, mais aussi entre l’école et la société, ou encore entre les territoires…
Enjeux et responsabilités
Ces outils numériques peuvent-ils aider à “tisser du lien” comme on dit - notamment entre générations ? Est-il opportun d’accompagner le citoyen à l’échelle la plus proche - son territoire de vie ?
Les transports en commun sont (ultra)saturés : voilà un autre enjeu d’attractivité. Saura-t’on réduire le volume des transports par route, en donnant aux gens les moyens de travailler sans nécessairement devoir se déplacer - sans que tout le monde n’ait à se déplace tout le temps.
Le vieux rêve du télétravail dont on peut se demander si c’est vraiment du rêve au bout, ou si cela pourrait également être l’enfer d’un contrôle plus étroit du temps libre jusqu’au domicile de chacun.
En tous les cas c’est potentiellement une réalité de demain ; il conviendrait d’en débattre et de poser ces problèmes en termes politiques : c’est à dire que les pouvoirs publics le fasse publiquement.
Il ne s’agira pas de se féliciter d’avoir posé ou fait poser des infrastructures qui amènent le haut-débit dans les foyers. C’est nécessaire mais insuffisant. L’enjeu réel est en termes d’usages et de pratiques.
Et donc il est question de savoir comment les pouvoirs publics comptent aider les citoyens à mieux vivre avec ces technologies et à mieux les utiliser dans toutes les dimensions que l’on vient d’évoquer : citoyenneté, vie économique, sociale, éducation, etc.
Et que nos élus nous en fasse part. Et participer.






