Interventions pour Village Global (Fondation 93)

04 avr, 2008

Je suis intervenu dans deux établissement scolaires de Seine-saint-Denis : le collège Henri Sellier à Bondy, et le lycée professionnel Saint Vincent de Paul à Saint-Denis.

Passeport Découvert Fondation 93Ces interventions avaient pour cadre le projet Village Globale qui est une composante du Passeport Découverte (pdf), un programme proposé aux établissements de Seine-saint-Denis par la Fondation 93.

La Fondation 93 est un Centre de Culture Scientifique, Technique et Industrielle (CCSTI), et partenaire du CG93.

(A noter que Mathieu et Emilie ont Explorateurs du Web comme moi, participé à cette action.)

L’objet de ces interventions était de sensibiliser les élèves aux pratiques collaboratives en vigueur sur Internet. En l’occurrence je témoignais en tant que « résident » du « monde collaboratif » ; et pratiquant bien entendu.

A noter qu’il s’agissait d’élèves qui rencontrent des difficultés dans la scolarité ordinaire.

J’avais préparé cette trame comme support personnel, pour m’aider à formaliser mon « discours ». Elle comprend également quelques liens vers des ressources qui illustrent mes propos.

Sur un wiki ouvert pour l’occasion, j’ai déposé ces éléments à la disposition des élèves et des enseignants afin qu’ils puissent revenir sur ce qui aura été dit et montré.

J’ai utilisé un wiki parce que c’était l’outil le plus simple, mais surtout parce que je voulais proposer aux élèves d’y inscrire (librement) pendant la session, ce qu’ils avaient retenu de nos échanges (et ça leur permettrait de tester un wiki dans la foulée).

Morceaux choisis (et réécrits afin de corriger les principales – assez nombreuses… fautes d’orthographe/grammaire) :

«Il nous a parlé d’Internet et du web 2.0. Il nous a montré et dit qu’il y avait 250 langues. Il nous a dit qu’il n’y avait pas souvent des choses vraies sur internet. Il nous a dit qu’avant Google n’était qu’un moteur de recherche et depuis il a évolué. Plus besoin d’aller sur Word on peut aller sur Google Documents.»

«Il y a des nouveaux services où on peut stocker des choses dans le réseau du net. On peut mettre toujours des choses sur le net, il y aura toujours de la place. RSS permet de prévenir toutes les personnes s’il y a un problème technique qui touche à leurs choses sur le net.»

«Mise en garde : protéger toujours notre vie privé. Contenus libres, tout le monde contribue a créer quelque chose qui appartient à tous.»

«La personne qui a inventé le web a voulu que ce soit universel. Le web est un endroit où l’on peut mettre les choses. C’est gratuit parce que ça n’appartient à personne, tout le monde peut y aller.»

«Il y a des gens qui étaient habitués à l’encyclopédie avant, et maintenant que Internet existe ils utilisent maintenant des sites comme Wikipédia qui est devenu un site très fréquenté.
On a moins besoin d’avoir plusieurs livres ou des dicos chez nous, parce que Internet maintenant nous donne la possibilité de rechercher beaucoup de choses.»

«Rien ne garantie que les articles de Wikipédia sont vrais alors qu’une vraie encyclopédie, oui !
& Windows est toujours plus facile à utiliser que d’autre systèmes d’exploitation…»

«Web2.0
Pages web créées à partir de 1990. Le web est universel (tous le monde a accès dans toutes les langues, tous les pays.)
Pour les aveugles il existe un système où lorsque ils ouvrent internet à l’aide d’un logiciel, tout ce qui est affiché sur la page web est mis en lecture.
Il n’y a pas de différence entre le web et le web2.0. Le web2.0 est très marketing, c’est gratuit au début et payant après.
Pourquoi wikipédia est gratuit? C’est défini légalement. On accepte que nos contributions ne nous appartiennent plus, ça appartient à tout le monde.»

Je trouve ces extraits très signifiants sur plusieurs points :

Problématique de l’écrit : (une forte barrière pour ces élèves ; j’ai vraiment du reprendre les textes sur la forme). Faut-il aller dans cette voie en demandant à des élèves en difficulté avec l’écrit, de s’exprimer ainsi sur un wiki ? Je pense que oui, et que c’est un moyen pour leur faire aimer l’écrit justement (si l’interface d’édition est « conviviale »). Mais à deux conditions : inscrire l’action dans la durée (ici je n’avais que deux heures…) ; et panacher les formes de contenus (texte, image, vidéo, voix…). Il me semble qu’il serait très intéressant de scénariser des coproductions co-réalisations de contenus, via un travail amont avec les enseignants.

Des questions très pertinentes : les extraits ci-dessus sont majoritairement leur propre retranscription de réponses apportées à leurs questions. Ainsi des interrogations sur la gratuité, l’exactitude des informations contenues dans Wikipedia, les limites du stockage, etc. – des sujets pour le moins essentiels.

Difficulté d’apporter des réponses simples : une fois « à mon poste » devant la classe, j’ai réalisé qu’il s’agissait d’enfants ; un sentiment d’assez grande responsabilité. Et donc un discours prudent. Il s’avère difficile de faire passer les nuances ; avec les plus grands aussi d’ailleurs. Ainsi ils m’ont prêté : « Il nous a dit qu’il n’y avait pas souvent des choses vraies sur internet », après que j’ai essayé de leur expliquer que Wikipedia n’était pas « paroles d’experts ». Très difficile de nuancer, surtout en deux heures. Idem pour les réseaux sociaux : impossible à mes yeux de ne pas les sensibiliser à la question d’exposition de leur identité sur le réseau. Mais ne pas leur faire peur non plus… pas facile.

Impossible d’être neutre : (du moins pour moi.) Quand un élève synthétise ainsi mes propos : « Il n’y a pas de différence entre le web et le web2.0. Le web2.0 est très marketing, c’est gratuit au début et payant après », il apparait clairement que j’ai exprimé devant la classe mon un certain point de vue sur le sujet, en l’occurrence le mien, mais il me semble surtout -et c’est le plus important, qu’il a très bien saisi où je voulais en venir et de quoi il retourne (je ne l’ai exprimé qu’une fois). Notez qu’il a très bien saisi par ailleurs, la formidable baisse de barrière à l’entrée qui caractérise le « web 2.0″. De la même façon, leur expliquer ou pas le type de licence associée aux contenus de Wikipedia, n’est pas du tout un choix neutre. J’étais donc heureux d’intervenir en tant que témoin résident de ce « monde collaboratif » (sachez également que des sociologues passent derrière nous).

Un dernier point : la capacité des plus grands (lycée) à passer de l’écran de l’ordinateur à celui du téléphone portable, en toute discrétion (…), et tout en faisant ce que l’on attend d’eux… du multitâche !

Au passage le téléphone portable comme terminale d’accès à Internet, voilà un axe qu’il faudrait creuser.

Conclusion : des expériences très enrichissantes !

Si c’est à refaire, je crois que je corrigerai juste une chose : essayer de leur laisser prendre la parole dès le début, ceci dans la mesure du possible – un possible qui dépend de multiples facteurs : attentes et réceptivité des élèves, mais également de l’enseignant ; connaissance globale du sujet par les uns et les autres ; nombre d’élèves ; temps restant une fois que l’on a vérifié que l’accès à Internet fonctionne ;-)

Quand je parlais de « discours » plus haut : il s’agit bien de la façon dont j’ai articulé mon sujet, mais l’accent dans les faits s’est porté sur l’échange avec eux.

C’est d’ailleurs là que j’ai compris que je manquerais de temps, et qu’on n’évoquerait pas toutes les facettes du sujet, parce qu’on commençait à peine à cerner le sujet en question… et surtout les différents acteurs (eux, moi, l’enseignant) à se cerner les uns les autres.

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